Bibliothécaire de formation, originaire de la Lekié, Pauline Marie Noëlle Ongono a quitté les quatre murs des rayonnages pour bâtir, pierre après pierre, un écosystème littéraire complet : une association, un club de lecture, des salons virtuels, une semaine internationale de traduction, . Portrait d’une femme qui a fait du livre un projet de société
Par Bamou Stéphane
Des bibliothèques à l’action : une vocation qui déborde
Pauline M.N. Ongono est bibliothécaire de formation et passionnée de lecture et d’écriture. Mais très tôt, les quatre murs d’une bibliothèque lui semblent trop étroits pour tout ce qu’elle veut faire pour le livre. Dès 2019, elle commence à nourrir un projet plus vaste : mettre dans un seul vase toutes ses compétences autour de la chaîne du livre, gestion des bibliothèques, relecture, transcription, communication et promotion littéraire, écriture de scénarios, organisation d’événements. Il faudra trois ans de maturation avant que ce projet ne prenne corps.
Elle est également originaire du département de la Lekié, dans la région du Centre, où elle mène par ailleurs un travail de proximité pour déconstruire l’image du livre auprès des populations locales, tous âges confondus, en partenariat avec Joël Célestin Bobo, fondateur du Centre de Lecture, d’Initiation et d’Intégration à la Culture, avec qui elle co-organise le Salilek.
ACOLITT : quand le consulting littéraire devient une force panafricaine
Le 14 janvier 2022, Pauline Ongono fonde officiellement ACOLITT (l’Association de Consulting Littéraire). La structure est conçue comme un carrefour : elle réunit sous un même toit des compétences multiples au service de tous les maillons de la chaîne du livre, et s’adresse aussi bien aux auteurs qu’aux traducteurs, éditeurs, relecteurs et lecteurs.
ACOLITT ne se contente pas de la simple diffusion des ouvrages : elle forme, accompagne, fédère et crée des ponts entre acteurs littéraires sur plusieurs continents. Ses salons littéraires virtuels internationaux, ses ateliers et ses coachings personnalisés visent à construire une communauté littéraire dynamique, où chaque maillon est reconnu et valolorisé. Pauline Ongono fait de la professionnalisation de tous les métiers du livre, y compris les moins visibles comme la relecture ou la traduction, un axe central de son action.
ACOLITT est aujourd’hui un acteur reconnu de la scène littéraire africaine et de la diaspora, avec une présence sur plusieurs continents et des partenariats qui traversent les frontières.
« Ça DayLivre », le RTWO, SCRILO et « 15 Pages par Jour… » : des initiatives qui mobilisent
Parmi les activités phares d’ACOLITT, trois méritent une mention particulière. D’abord les « Ça DayLivre », des rencontres mensuelles en ligne archivées sur la chaîne YouTube de l’association (@ACOLITT), qui permettent à des panelistes venus de divers pays et de divers maillons de la chaîne du livre d’échanger librement. Ces rencontres ont permis à plusieurs participants de collaborer, de gagner en visibilité, voire de trouver un emploi grâce aux attestations de participation délivrées.
Ensuite, la Readers and Translators Week Online (RTWO), lancée en 2024, est une semaine entièrement dédiée à la relecture et à la traduction littéraire. Dans un écosystème où ces métiers restent trop souvent dans l’ombre, l’initiative de Pauline Ongono leur donne une vitrine internationale.
Enfin, le club de lecture 15 Pages par Jour, co-animé avec Ray Ndébi, cofondateur d’ACOLITT, tient ses sessions à La Maison des Savoirs, bibliothèque aux plus de vingt ans d’activités, située au Dépôt de Sable à Etoudi. Les discussions qui s’y tiennent, autour de textes d’auteurs africains contemporains, sont substancielles et nourries — preuve que le lectorat camerounais, quand on lui donne le cadre, sait lire et débattre avec exigence.
La femme africaine qui raconte : une conviction littéraire et féministe
En mars 2026, Pauline Ongono était l’invitée de l’émission La Virgule Littéraire pour évoquer la littérature féminine africaine. Son angle : la femme africaine, longtemps objet des récits des autres, est aujourd’hui celle qui écrit, qui raconte, qui dérange. Un positionnement qui traverse toute son action : le programme de lecture 15 Pages par Jour consacre régulièrement ses sessions à des romans écrits par des femmes camerounaises.
Qu’il s’agisse de diffusion du livre physique, d’autoédition, d’impact du numérique ou de la place des plumes féminines, Pauline Ongono a une opinion : toujours documentée, jamais tiède. Elle plaide sans relâche pour une meilleure diffusion du livre physique sur l’ensemble du territoire, cite le Grand Vide-Grenier Cameroun parmi les initiatives à soutenir, et rappelle que le numérique n’est pas l’ennemi du livre, il en est, aujourd’hui, l’un des vecteurs indispensables.
Une voix, un réseau, une mission
Ce qui fait la force de Pauline Ongono, c’est la cohérence entre sa formation, ses convictions et ses actes. Là où d’autres s’arrêtent à l’amour des livres, elle a construit une infrastructure : une association, des événements réguliers, une maison d’édition, une présence numérique structurée. Elle a fait du livre un projet collectif et professionnel, pas seulement une passion individuelle.
Dans un pays où la chaîne du livre reste fragile, Pauline Ongono fait partie de ces architectes discrets qui, maillon après maillon, construisent quelque chose qui durera.




