Autrice camerounaise installée à Ottawa, Maeva Guedjeu signe avec Des silences et des murmures un premier recueil de nouvelles remarqué, couronné par le prix Alain Thomas 2026 au Salon du livre de Toronto.
Par Aristide AYOLO
Ils sont de plus en plus nombreux, ces écrivains camerounais qui écrivent l’Afrique depuis l’autre rive de l’Atlantique. Maeva Guedjeu est l’une d’eux. Mais là où beaucoup font de l’exil leur sujet principal, elle choisit autre chose : les femmes, leurs silences, leurs résistances. Un premier recueil sobre et puissant, couronné au Salon du livre de Toronto en 2026..
Du Cameroun à Ottawa, le long chemin d’une plume
Yacinthe Maeva Guedjeu Ngameleu est née le 16 février 1997 au Cameroun. Elle y fait ses études jusqu’au niveau du master, en littérature négro-africaine à l’Université de Douala, une formation qui ancre durablement sa sensibilité dans les textes du continent. En 2023, elle s’installe au Canada, à Ottawa, où elle poursuit un cursus en travail social à l’Université d’Ottawa. Deux univers en apparence distincts, mais que l’autrice réconcilie naturellement : la littérature comme outil de soin, d’empathie, et de réparation sociale.
Avant la publication de son premier recueil, Maeva Guedjeu s’était déjà distinguée dans les cercles francophones : deuxième au concours de nouvelle de La Jeune Plume en 2023, troisième au concours de poésie ASBED la même année. Elle s’engage également au sein d’Acolitt, une association dédiée à la promotion de la lecture et de la littérature africaine. Sa page personnelle « Les voyages intérieurs de Guedjeu Maeva » tisse depuis quelques années un lien direct avec ses lecteurs, à travers des fragments poétiques et des réflexions sur l’identité, l’exil, et la féminité.
Des silences et des murmures : dix-huit nouvelles pour dire l’indicible
Publié en 2025 aux éditions L’Interligne (Ottawa), Des silences et des murmures rassemble dix-huit nouvelles de 119 pages, dont la puissance narrative dément le titre feutré. À travers des personnages féminins, Messa, Ady, Estrella, Monkam, et d’autres, Maeva Guedjeu explore les silences, les traumatismes, les élans d’amour et les rendez-vous manqués qui façonnent l’intime. Le fil conducteur : le départ, comme acte fondateur. Partir pour donner la vie, partir pour fuir, partir pour chercher.
Les héroïnes de Guedjeu ne sont jamais cantonnées à une posture de victimes. Si l’autrice déconstruit avec lucidité le mythe de la figure masculine protectrice, souvent absente, lâche ou irresponsable, elle confère à ses femmes une épaisseur rare : celle de la résilience tranquille, de l’héroïsme silencieux. L’épopée de Monkam, notamment, traverse le Noso d’origine jusqu’aux rives européennes, en une traversée qui fait figure de roman dans la nouvelle, à la fois épique et profondément humaine.
Le recueil tisse également des ponts entre deux rives : celles du Cameroun et celles du Canada. L’écriture de Maeva Guedjeu se situe à la croisée des territoires et des mémoires, attentive aux voix marginales, aux fractures intimes, aux blessures sociales longtemps tues. Une géographie émotionnelle qui parle autant à la diaspora africaine qu’aux lecteurs du continent.
Le prix Alain Thomas 2026 : une consécration méritée
En février 2026, lors de la 33e édition du Salon du livre de Toronto, le jury présidé par Gabriel Osson a décerné à Maeva Guedjeu le prix littéraire Alain Thomas, une distinction qui récompense chaque année un auteur d’expression française de l’Ontario. L’autrice, absente lors de la cérémonie d’ouverture, s’est imposée face à deux finalistes expérimentés, Michel Thérien et Marie-Thé Morin.
Cette récompense consacre non seulement un premier livre d’une belle tenue littéraire, mais aussi une trajectoire : celle d’une jeune autrice venue d’Afrique centrale, formée à la littérature du continent, et qui s’impose aujourd’hui dans le paysage francophone canadien. Un signe supplémentaire que la littérature africaine de la diaspora occupe, année après année, une place plus centrale dans les reconnaissances institutionnelles.
Et ce n’est pas tout. Annoncée le 5 mai 2026, la sélection du Prix Littéraire Trillium confirme l’élan : Maeva Guedjeu figure parmi les finalistes de cette distinction créée en 1987 par le gouvernement de l’Ontario, l’une des plus prestigieuses du paysage littéraire canadien. Elle y concourt aux côtés de Blaise Ndala, Alain Bernard Marchand et Sarah Migneron. Le lauréat sera connu le 10 juin 2026
À lire, à partager, à célébrer
Maeva Guedjeu est de ces écrivaines dont on attend impatiemment la suite. Avec Des silences et des murmures, elle dépose sur la page une littérature nécessaire, celle qui dit les femmes dans leur complexité, leur force et leurs blessures, sans jamais les réduire à l’une ou l’autre. Un livre à offrir, à lire deux fois, et à recommander sans réserve





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