Elle est née au Cameroun, vit à Genève, exerce le droit, et consacre une part essentielle de sa vie à faire rayonner les livres africains à travers le monde. Flore Agnès Nda Zoa Meiltz est l’une des figures les plus discrètes et les plus efficaces de la promotion des littératures africaines et afrodescendantes. Portrait d’une femme qui a décidé que l’engagement ne s’arrêtait pas au prétoire.
Par Aristide AYOLO
Une juriste, une lectrice
Licenciée en droit de l’université de Fribourg depuis 2002, Flore Agnès Nda Zoa intègre le barreau genevois en 2004 et obtient son brevet d’avocat en 2006. Camerounaise et suissesse, elle vit à Genève où elle exerce le métier d’avocate. Mais derrière la professionnelle du droit se cache une lectrice incorrigible. La littérature est une amie fidèle qui l’accompagne depuis sa tendre enfance, bien avant qu’elle décide d’en faire un terrain d’action collective.
La CENE Littéraire : un cercle, un combat
En 2015, elle fonde avec quelques amis une association de lecteurs baptisée La CENE Littéraire, sigle pour Cercle des Amis des Écrivains Noirs Engagés, dont le but est de promouvoir la littérature, particulièrement africaine et afrodescendante. Le nom n’est pas choisi par hasard : c’est à Mongo Beti qu’elle a pensé lors de la création, lui l’écrivain engagé par excellence, qui avait créé une librairie au Cameroun en plus de ses activités d’écrivain et d’éditeur. Un hommage à une tradition d’engagement littéraire camerounais qui remonte loin.
Le Cercle des amis des écrivains Noirs Engagés a pour buts la promotion et la défense des littératures produites par les écrivains africains et afrodescendants, et de donner un supplément de visibilité à des auteur·e·s noir·e·s vivant en Afrique ou dans sa diaspora — Amériques, Europe, Caraïbes, Pacifique.
Le Prix Les Afriques : récompenser pour faire lire
Le geste fondateur de la CENE est la création, dès 2016, du Prix littéraire Les Afriques. Depuis lors, ce prix récompense les fictions écrites par un auteur africain ou afrodescendant « mettant en exergue une cause humaine, sociétale, idéologique, politique, culturelle, économique ou historique en lien avec l’Afrique ou sa diaspora ».
Le lauréat se voit remettre une récompense de 6 000 CHF, financée personnellement par Flore Agnès Nda Zoa Meiltz, ainsi qu’une œuvre d’art de l’artiste sénégalo-suisse Momar Seck d’une valeur de 3 000 CHF. L’œuvre gagnante est rééditée et distribuée gratuitement aux jeunes en Afrique subsaharienne par la maison d’édition Flore Zoa.
Le palmarès est éloquent : Hemley Boum, Kei Miller, Elnathan John, Ayòbámi Adébàyò, Fiston Mwanza Mujila, Imbolo Mbue… En 2024, le prix a été attribué à Peace Adzo Medie pour son roman Sa seule épouse, paru aux éditions de l’Aube. Des noms qui font le tour des grandes librairies du monde — et que la CENE s’emploie à faire voyager jusqu’aux jeunes lecteurs africains.
Sur le terrain : cafés littéraires et dons de livres
La CENE ne se contente pas de couronner des auteurs. Parmi ses activités, on compte des dizaines de cafés littéraires dans une dizaine de pays d’Afrique subsaharienne, une résidence littéraire au Cameroun et des aides financières aux porteurs de projets dans le domaine du livre. En 2020 seulement, l’association a offert près de 5 000 livres au Sénégal, au Cameroun, au Bénin et au Congo.
Un activisme de terrain, patient, qui fait descendre les livres primés dans les bibliothèques de lycées, d’universités, d’associations, là où les lecteurs de demain se forment.
Les Éditions Flore Zoa : franchir un nouveau cap
En 2021, Flore Agnès Nda Zoa franchit un cap supplémentaire en créant sa propre maison d’édition, les Éditions Flore Zoa, avec pour vocation de contribuer à l’évolution du débat autour de l’Afrique, sa civilisation, son histoire et sa culture. Les auteurs y sont publiés à compte d’éditeur dans l’une des quatre collections de la structure : Kalahari, Bourgeon, Ponts et Sentiers, et Brèves.
La maison d’édition, basée à Genève, est notamment en partenariat avec les Éditions Gallimard, un ancrage dans les circuits de diffusion francophones majeurs, qui prolonge la mission de la CENE : mettre les voix africaines là où elles méritent d’être entendues.
Une Camerounaise au carrefour des mondes
Ce qui frappe, dans le parcours de Flore Agnès Nda Zoa, c’est la cohérence. Avocate le jour, éditrice et militante du livre en dehors, elle finance elle-même une grande partie des activités de la CENE depuis dix ans, sans jamais chercher les projecteurs. Sa double nationalité camerouno-suisse lui donne une position rare : celle d’un pont vivant entre les circuits littéraires européens et les réalités du livre en Afrique subsaharienne.
Dans un écosystème où les auteurs africains peinent encore à trouver des maisons d’édition, des prix et des lecteurs à la hauteur de leur talent, Flore Agnès Nda Zoa a choisi de construire, patiemment, les structures qui manquaient. Un prix. Une association. Une maison d’édition. Des livres offerts. Des lecteurs formés.




