Il a commencé par captiver des milliers d’internautes avec ses chroniques sur Facebook. Aujourd’hui, Albert Junior Mbog Mbog alias AJMM, est l’un des écrivains camerounais les plus suivis de sa génération, fort de plus de 300 000 abonnés et de deux romans publiés. Portrait d’un auteur né de la rue numérique
Par Aristide AYOLO
Des histoires à l’écran avant les histoires en librairie
Albert Junior Mbog Mbog vit et écrit depuis Yaoundé. C’est sur les réseaux sociaux que tout a commencé. Dès 2018, il lance une page Facebook intitulée « Les HISTOIRES D’AJMM », où il publie régulièrement des chroniques narratives ancrées dans les réalités camerounaises. Son style direct, émotionnel et profondément humain lui attire rapidement un public fidèle.
En quelques années, sa page dépasse les 300 000 abonnés, faisant de lui l’une des rares personnalités littéraires camerounaises à avoir bâti, depuis le web, une communauté de lecteurs à l’échelle mondiale.
Envoutée : le saut vers le roman
En 2022, AJMM franchit le pas vers la littérature formelle avec son premier roman, Envoutée, publié aux Éditions du Muntu. Le livre plonge le lecteur dans un univers mélant drame familial et mysticisme. Un enfant né de parents croyants se voit envahi par des forces du monde invisible, entraîné dans des voyages nocturnes et des pratiques de sorcellerie issues d’un imaginaire profondément enraciné dans la culture populaire camerounaise. L’accueil est chaleureux : ses fans, déjà conqis par ses chroniques, découvrent un auteur capable de tenir une longue narration avec la même intensité que ses textes courts.
Kwetou : radiographie d’une génération à l’ère du like
Son deuxième roman, Kwetou : Influenceuse à tout prix, confirme la trajectoire ascendante d’un auteur qui s’affirme. AJMM y raconte l’histoire de Kwetou, une jeune femme ambitieuse prête à tout pour devenir une influenceuse célèbre. Dans un univers où les likes, les abonnés et la visibilité déterminent la valeur d’une personne, le roman explore les pressions sociales, la quête de validation en ligne et les sacrifices que certains sont prêts à consentir pour exister sur les plateformes numériques.
Le choix du sujet est loin d’être anodin : lui-même créateur de contenu ayant grandi dans l’écosystème des réseaux sociaux, AJMM dresse de l’intérieur un portrait saisissant de cette génération fascinée par la visibilité digitale. Il écrit ce qu’il connaît, et ça se sent.
Influenceur et écrivain : un double ancrage
Parallèlement à l’écriture, Albert Junior Mbog Mbog s’est imposé comme une figure de l’influence numérique au Cameroun. Il a collaboré avec de nombreuses marques, Orange Cameroun, Brasseries du Cameroun, Canal+, Nescafé, Infinix Mobile, Wafacash, devenant une voix reconnue du marketing digital local. Cette double casquette, loin de brouiller son image, lui permet de toucher des publics que la littérature traditionnelle n’atteint pas toujours.
C’est peut-être là sa force principale : là où d’autres écrivains cherchent leurs lecteurs, AJMM les a d’abord construits, post après post, chronique après chronique, avant de les inviter à le retrouver entre les pages d’un livre.
Une littérature ancrée dans le quotidien camerounais
Ce qui distingue AJMM dans le paysage littéraire camerounais, c’est son refus des sujets éloignés de la vie ordinaire. Ses textes, chroniques comme romans, parlent de familles, de croyances, de rêves brisés, de société numérique, de jeunesse africaine en tension entre tradition et modernité. Ils résonnent parce qu’ils ne cherchent pas à être universels : ils sont d’abord profondément, sincèrement camerounais.
Il y a dans la démarche d’Albert Junior Mbog Mbog quelque chose d’inédit pour la littérature camerounaise : la preuve qu’on peut écrire pour son peuple, depuis son peuple, et construire à partir de là une carrière d’auteur crédible et durable. Une trajectoire à suivre.




